L’objectif du réseau de recherche Relicom, "Communication et espaces du religieux", est de permettre aux chercheurs travaillant sur la communication en lien avec les religions ou le religieux d’échanger, de se lire, de partager des ressources, d’organiser ensemble des rencontres de recherche afin de contribuer au développement de ce champ de recherche en communication en France. Il s’agit dans un premier temps d’inviter à nous rejoindre des chercheurs travaillant déjà sur cette question et ayant déjà communiqué ou publié sur ce sujet.

 

Vous travaillez sur ces questions ? Rejoignez-nous...(voir rubrique contact)

 

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Axes du réseau de recherche Relicom

L’explosion des moyens de communication au tournant des XXe et XXIe siècles s’est accompagnée d’une forte augmentation de discours religieux, à la fois critiques et théoriques, tenus sur la communication, les médias, jusqu’à englober les pratiques du secteur professionnel (journalisme et communicants), donnant voix au chapitre à de nouveaux acteurs  de la pensée communicationnelle, qui prolongent au présent une réflexion très ancienne et, à bien des égards, pionnière, des communautés et des institutions religieuses sur l’écriture, la parole, l’image et les moyens de diffusion, ainsi que sur leur portée.


Si les religions proposent parfois une vision théorique de la communication, qui entre inévitablement en résonance et se définit avec d’autres conceptions politiques, idéologiques et sociales, elles font également partie de la réalité communicationnelle dont elles traitent puisqu’elles y participent elles-mêmes abondamment par leurs pratiques. Les religions interviennent en effet dans l’espace public par leurs discours, leurs actions ou des campagnes d’information, y compris dans l’acception marketing des campagnes, qui visent à donner une visibilité à l’institution et à ses membres comme à porter la foi. Enfin, les groupes religieux communiquent et interagissent dans et par des actions rituelles et des célébrations corporelles, performatives et symboliques dont les sciences de l’information et de la communication sont disposées à rendre intelligibles les signes et les conditions de leur circulation dans l’espace médiatique.


Dans ce vaste espace de recherche qu’ouvrent les religions aux sciences de l’information et de la communication, nous relevons quatre grands axes de réflexion croisés qui permettent d’investir quelque peu ce territoire de la communication déjà ancien et pourtant encore insuffisamment exploré :


•    les signes et discours de la « communication » religieuse (prises de parole, rites et rituels, etc.) ;

•    la « propagande de la foi », l’apostolat et la mission : quelle action et quelle rhétorique de la communication entrent en jeu ? (actions de propagation de la foi dans le temps et l’espace, etc.) ;

•    les expressions du religieux dans l’espace public et médiatique (interventions de religieux ou d’institutions dans le débat public, la presse, le cinéma, etc.) ;

•    les techniques, pratiques et représentations du fait religieux, saisies dans leur dimension communicationnelle.


En effet, si les religions présentent une réalité historique étudiée par des historiens, une réalité politique observée par des politologues et des juristes, une réalité anthropologique et sociologique scrutée par des sociologues – avec les travaux pionniers de Durkheim par exemple – leur indéniable dimension communicationnelle reste encore assez peu explorée. La recherche française sur ces questions est demeurée longtemps, pour l’essentiel, isolée et sporadique, revenant invariablement vers les penseurs du signe et de la signification, à l’origine ou en marge des sciences de l’information et de la communication (comme R. Barthes), qui se sont préoccupés très tôt du sens du religieux, ou portée par des chercheurs religieux (M. de Certeau). Plus récemment, la médiologie initiée par Régis Debray a également apporté une contribution intellectuelle, mais au travers d’un angle bien spécifique. Nous proposons donc par le réseau Relicom d’approfondir et de contribuer à renouveler la recherche sur la dimension communicationnelle du fait religieux.


RELIGION : QUESTIONS DE COMMUNICATION

Les questions de communication relatives aux espaces du religieux nous semblent recouvrir huit domaines :

1. les modes de communication et les pratiques d’information et de communication des religions ;
2. les signes produits par les groupes religieux dans leur activité liturgique ou de prière;
3. les approches théoriques de la communication proposées par les religions, lorsqu’elles font de la communication un objet proprement théologique ;
4. la manière dont les religions s’efforcent de théoriser l’échange, le dialogue, l’interrelation ;
5. la manière dont l’information et la communication sont mobilisées dans le cadre des relations institutionnelles des religions ou des mouvements religieux ;
6. la manière dont les religions pensent l’espace médiatique et leur intervention dans l’espace public ;
7. les pratiques communicationnelles ou de mise en visibilité de membres des organisations religieuses dans l'espace public ;
8. la manière dont les médias abordent les religions (la trace laissée par les religions dans l’espace public).

Médias

1. De l’imprimé au numérique, du journal à la télévision, de la radio aux sites de réseaux sociaux, les religions utilisent différents canaux ou médiums de diffusion de l’information et de communication, dans une grande diversité de langues…

Signes et corps

2. Les religions produisent ou accompagnent leurs rites et leurs célébrations par un ensemble de signes destinés à manifester la présence divine, la mise en relation de Dieu, ou la communauté humaine rassemblée « devant Lui ». Elles peuvent également penser la prière ou l'adresse au divin, la louange comme « communication » avec le divin.

Penser théologiquement la communication

3. La communication n’est pas seulement un moyen, elle est aussi pensée par les religions. La question de la transmission fait en effet l’objet d’une élaboration théorique, renouvelée par l’intégration contemporaine de la question de la communication, portée par les sciences humaines et sociales. On peut parler dans certains cas d’une véritable théologie de la communication.

Pratiques relationnelles

4. Les religions sont porteuses de pratiques relationnelles, qu’elles se sont efforcées de penser : les « relations justes » entre les individus, la nature de l’échange et du dialogue, la régulation des pratiques communicationnelles, l’accompagnement spirituel et les relations maître-disciple…

Institutions et organisation de la communication

5. Les religions peuvent, se concrétisant dans des institutions, avoir à réguler et à organiser la diffusion de l’information et de la communication. Les modalités communicationnelles et informationnelles de ces institutions sont alors à interroger. Les institutions sont également porteuses de modalités relationnelles qui sont rendues visibles dans le langage, dans les textes et dans les modes d’expression des acteurs (par exemple, la règle monastique).

Penser l'espace public

6. En découvrant les médias et en les utilisant, les religions se sont efforcées de penser l’espace médiatique afin d’y trouver leur place. Elles se sont alors souciées de formaliser le sens de la présence des médias dans l’espace public. La mobilisation de termes comme forum, agora, communication sociale est dans ce contexte très significative.

Prendre place dans l'espace public

7. En se rendant visibles dans l’espace public, les groupes religieux communiquent leur présence, par le défilé, la prière publique, le chant, et parfois manifestent leur opposition à des phénomènes culturels qu'elles jugent inadéquats; ceci relève également d'une position communicationnelle. De même sont nombreuses les traces du religieux et des religions (architecture, art...) dans l'espace public.

Représentations et discours médiatiques

8. Les religions sont enfin l’objet de discours médiatiques variés. La façon dont les médias abordent et présentent les religions constitue un champ d’investigation. L’évolution du traitement médiatique des phénomènes religieux, de la culture des journalistes sont dans ce cadre à étudier.

ETUDIER LA DIMENSION INFO-COMMUNICATIONNELLE DU RELIGIEUX


Ces questions, parfois bien étudiées en anthropologie et sociologie des religions, en histoire, ou en histoire de l’art, nous semblent devoir être investiguées aujourd’hui en Sciences de l’information et de la communication, à la suite des travaux de, notamment, R. Debray, D. Bougnoux, C. Abensour, J. Devèze, et quelques autres, car elles recèlent de fortes questions communicationnelles, qui peuvent enrichir les Sic autant que prolonger leur champ d’investigation.

Il ne s’agit pas ici de se limiter à une approche (sémiologie, approche socio-économique, socio-pragmatique, organisationnelle…), mais d’étudier les dimensions informationnelles et communicationnelles du religieux et de permettre aux Sic dans leur ensemble de s’approprier ces questions.

Au-delà des objets et de la réflexion sur la communication (théories du langage, de l’écriture, de l’image et de la communication, en présence ou à distance), c’est à une approche communicationnelle de ces questions que nous (nous) sommes invités : étudier les discours, signes, médiations, dispositifs socio-communicationnels qui disent l’opération religieuse, de façon pragmatique, sociale, ou théorique.

UN RESEAU

Le but de ce réseau de recherche et de cette première journée d’étude n’est évidemment pas de constituer une doctrine de la communication religieuse, encore moins une méthodologie unique d’approche, mais de confronter, rassembler dans des espaces provisoirement communs, et de comparer nos recherches, qui peuvent relever de sous-champs spécifiques des Sciences de l’information et de la communication, pour les enrichir et les éclairer, les différencier aussi, mutuellement. Ceci, en retour, pourrait enrichir les Sciences de l’information et de la communication de nouveaux objets, approches, théorisations et questionnements.

David Douyère, Stéphane Dufour, Odile Riondet

Labsic, Université Paris 13, Villetaneuse ;
Cimeos/Limsic, Université de Bourgogne, Dijon ;
Rectorat de Lyon, Lyon.

(septembre 2011)